Charlie Hebdo

OÙ EST MA LIBERTÉ ?

 

Je roule vers mon lieu de travail avec la radio qui évoque l'attentat à Charlie Hebdo.

Dans ma tête, j'ai les messages envoyés par les uns et les autres, choqués : un monde s'écroule, monde représenté par Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, et les autres journalistes, morts pour s'être exprimés librement.

La peur est palpable à travers les témoignages entendus.

La colère aussi.

Et je roule dans un paysage campagnard et boisé.

Pas d'embouteillages, le soleil qui brille, le silence que je sais dans cette nature endormie par l'hiver.

 

Et là, un besoin de me positionner.

 

Qu'est-ce que je fais de ma liberté ?

 

Est-ce que je laisse la colère m'envahir contre cette violence au nom d'une religion détournée ?

Est-ce que je laisse la tristesse me serrer le cœur face à un monde menacé par une minorité qui sait si bien s'imposer par la peur ?

Est-ce que je laisse la peur s'insérer en moi, me terrer dans mon quotidien et, quelque part, me fermer les yeux et les oreilles pour ne surtout pas risquer de me retrouver la cible de ceux qui croient agir pour sauver le monde au nom d'un fanatisme ?

 

En moi, tout dit non.

 

Je ressens cette colère, cette tristesse et cette peur mais je ne les laisse pas me ronger car si je les laissais faire, je ne verrais plus le paysage campagnard dans lequel je circule chaque jour. Ma vision va s'obscurcir pour laisser place à des images mentales de sang et de corps déchiquetés. Mon corps va se serrer à l'intérieur, me coupant le souffle et me donnant mal à la tête comme il l'a fait ce matin alors que les informations circulaient en boucle.

Depuis que j'écris, il se redresse et se solidifie.

 

Il m'affirme.

 

Je ne céderai pas la place à la peur et à la colère.

Mais je ne resterai pas sans agir.

Je ne suis ni Cabu, ni Wolinski, ni Tignous, ni Charb pour m'exprimer dans de grands journaux.

Mais à mon tout petit niveau, je veux continuer à poser ma pierre pour la Liberté.

 

Je veux agir pour que chacun puisse penser par lui-même, dès le plus jeune âge, sans être conditionné par les pensées et les vérités de ceux qui lui enseignent ce qu'ils croient savoir de la vie.

 

Je rêve d'un monde où les cerveaux s'éveilleraient et se libéreraient de leurs entraves.

Je rêve d'un monde où Maria Francesca aurait pu être inhumée sans polémiques, juste avec amour.

Je rêve d'un monde où chacun pourrait s'exprimer sans crainte de choquer, ni crainte d'être tué.

Je rêve d'un monde où les enfants auraient tous accès à la lecture et à l'écriture, mères de la Liberté.

Je rêve d'un monde où les femmes pourraient vivre leur vie de femmes sans voiles, ni joug.

Je rêve d'un monde où les hommes s'autoriseraient à pleurer et à aimer sans se cacher.

Je rêve d'un monde où je pourrais laisser ma porte ouverte.

 

Je veux offrir à mon fils des valeurs d'amour et de tolérance pour qu'il n'ait pas peur d'être qui il est, pour qu'il n'ait pas peur des autres quels qu'ils soient, proches ou étrangers, pour qu'il ait assez de confiance en lui pour sentir les situations de danger et savoir dire non quand il les voit.

 

Et surtout, je veux lui offrir la capacité de dire oui à la vie et de s'ouvrir à l'Amour malgré tout ce qu'il pourra voir et entendre qui pourrait le tirer vers le bas.


Sonia, le 8 janvier 2015